La Quête d’Amy, Naomi AJAVON
On 29 juillet 2015 | 0 Comments

Par Virginie Brinker

Roman de l’affranchissement et affranchissement du roman.

LAQUETEDAMY-LIVRE-Naomi AJAVONC’est grâce à Babelio et à sa nouvelle opération Masse Critique, que La Plume francophone peut aujourd’hui vous parler de La Quête d’Amy, premier roman de Naomi Ajavon[1], fondatrice de « La Croisée des Plumes », plateforme en ligne dédiée à la littérature togolaise contemporaine. Roman de formation, il narre à la 3e personne la quête d’indépendance et d’amour d’Amy, une jeune étudiante grenobloise d’origine togolaise.

Amy et la figure littéraire de « l’étudiant étranger »

La Quête d’Amy peut se comprendre comme une forme-sens. Si le personnage éponyme cherche à s’émanciper, s’affranchir du chemin que son père et le « qu’en-dira-t-on » ont tracé pour elle, en France comme au Togo, Naomi Ajavon trace elle aussi son propre sillon. On retrouve pourtant dans ce roman certains codes caractéristiques des œuvres consacrées à la figure de l’étudiant étranger, notamment africain. Il n’est qu’à songer à L’Aventure ambiguë[2] de Cheikh Hamidou Kane qui conte en 1962  le passage de l’école coranique à l’école coloniale puis à l’université française de Samba Diallo, petit-cousin du chef des Diallobé ; ou encore à sa reprise en filigrane, quarante ans plus tard, dans le film d’Alain Gomis intitulé L’Afrance[3] et narrant les tribulations d’un jeune étudiant sénégalais nommé El Hadj, venu étudier en France l’Histoire du continent dont il est originaire, tout en étant fermement décidé à rentrer ensuite au pays pour y devenir enseignant. Avec L’Afrance, La Quête d’Amy partage notamment les motifs de la communauté étudiante recréée par les étudiants d’origines étrangères, celui de la chambre en cité U, ou encore la nostalgie du pays d’origine passant par les plats et leurs fumets. Le montage alterné caractéristique du film, présentant par exemple dès le début El Hadj dans sa chambre d’étudiant française, bercé par la voix enregistrée de son père et en proie à une sorte de rêverie qui le conduit d’un paysage à l’autre, se trouve comme thématisé dans le roman, avec des glissements relativement fréquents entre le vécu en France du personnage et ses souvenirs au Togo. Mais là où le montage, qui abolit les distances et met les espaces sur le même plan, positionne dans le film de Gomis le personnage dans une situation perpétuellement transitionnelle qui s’avèrera intenable, rien de tel dans La Quête d’Amy. Lire la suite…

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