Décès de l’artiste EL LOKO – Kangni Alem lui rend hommage
On 20 septembre 2016 | 0 Comments

Nous apprenons le décès de l’artiste El Loko, le jeudi 15 septembre dernier . Nous nous sommes rapprochés du dramaturge Kangni Alem pour en apprendre un peu plus cet grand peintre trop peu connu…

M. Kangni Alem, je fais partie des jeunes de cette génération el-lokoqui ignorent tout — ou presque — sur M. El Loko. Pouvez-vous nous parler de lui ?

Ce n’est pas une tare, rassurez-vous ; il y a deux explications possibles à cette situation. Primo, El Loko, le plasticien est né avant les indépendances (1950), et a fait toute sa carrière à l’étranger (Ghana et Europe). Secundo, il faut reconnaître qu’en dépit de la qualité des peintres togolais, un seul nom est plus connu des Togolais, celui de Paul Ahyi. Mais en réalité, si l’on cherche un autre plasticien togolais qui a connu les plus hauts sommets, la carrière internationale d’El Loko en fait aussi un autre exemple rare dans l’art contemporain africain.

L’année de 2016 a commencé avec la perte de plusieurs personnalités du monde de la culture. Le Togo n’en est malheureusement pas épargné. Jeudi dernier, l’artiste El Loko nous quitta. Parlez-nous de ses œuvres.

Après avoir suivi une formation et travaillé dans le design textile au Ghana, il part en Allemagne pour étudier à l’École des Beaux-Arts de Düsseldorf, à l’invitation du grand peintre allemand Joseph Beuys qui l’avait repéré, et lui avait payé son billet d’avion. Pourtant, après ses études, il connut une grosse désillusion, liée aux nombreux clichés sur l’art créé en Afrique ou par un artiste africain » dans les milieux artistiques allemands. Cela l’obligea à trouver son style personnel, une combinaison intelligente des influences de son pays d’origine et de sa patrie d’adoption. Il fut le premier artiste africain à exposer à la grande foire des arts plastiques, la Dokumenta de Cassel. Il n’était pas rare, dans les années 90, de tomber sur ses toiles placardées en photos sur des trains desservant les villes allemandes. Une grande partie des travaux d’El Loko sont regroupés dans une série baptisée « Cosmic Alphabet », un titre conçu pour attirer l’attention sur ses thèmes favoris du langage universel et de la communication. Comme il disait, « Je rêve d’établir un langage pour le monde entier, de créer un mode de communication unique pour tous les êtres humains sur Terre, cela permettrait d’éradiquer la discrimination et le racisme entre les peuples, car ils auraient le sentiment d’appartenir à la même culture… »

Vous prévoyiez de réaliser quelques projets avec lui, en partenariat avec les jeunes artistes togolais à l’Université de Lomé et à l’Institut Goethe ?

el-loko-oeuvres3el-loko-oeuvresIl était revenu à Lomé avec un projet intitulé « Dialogue avec les arbres ». Vous voyez les mahoganys majestueux qui ombragent le boulevard Eyadema ? Voilà, son projet était de les « sculpter » à l’aide de pagnes et de pigments divers. Le projet a pris beaucoup plus de temps que prévu, mais on avait fini par trouver un compromis pour le réaliser. Puis, il est décédé une semaine avant le démarrage des travaux. On fera le projet à sa place, avec l’aide technique des plasticiens et autres artistes avec qui il comptait travailler, Sogbadji, Sokey Edorh, Jacques Do Kokou, le photographe et ancien prof de dessin, etc. On le fera comme pour boucler la boucle de ce retour surprenant au pays natal. Ce sera un hommage métaphysique, mais cela vaut son pesant d’or, car nous sommes aussi des esprits dans nos corps de mortels. Et ce n’est pas la mort qui rompra ce dialogue qu’il voulait entamer. S’il y a des arbres dans la mort, je l’imagine, en train de les sculpter.

Quelques mots pour la fin ?

Je suis triste, mais je ne désespère pas que son nom figure dans la grande histoire à écrire des arts plastiques togolais.

Nous sommes de tout cœur avec la famille, les amies et tous ceux et celles qui sont touchés, de près ou de loin, par le décès de ce grand artiste, El Loko. Nos sincères condoléances.

Naomi AJAVON

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